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« Premier mai : faire front contre le libéralisme économique »

Le billet de Grégor Chapelle de mai 2008 (carte blanche collective parue dans le Soir)

La crise financière déclenchée en août 2007 est peut-être cette fois plus qu'une crise cyclique. Cela rend dérisoires les appels adressés périodiquement à la gauche par les bons apôtres du libéralisme, une gauche qui devrait se "moderniser" et abandonner ses "vieux principes", ses valeurs et ses "bagages idéologiques".

Pendant ce temps, seule l'intervention massive des banques centrales a sauvé le système bancaire privé d'une panique généralisée, dans un contexte de spéculation insensée, qu'illustre, après tant d'autres, le scandale de la Société Générale. Des "Fonds souverains" étatiques entrent dans le jeu.

Pendant ce temps, seule l'intervention massive des banques centrales a sauvé le système bancaire privé d'une panique généralisée, dans un contexte de spéculation insensée, qu'illustre, après tant d'autres, le scandale de la Société Générale. Des "Fonds souverains" étatiques entrent dans le jeu.

Assistons-nous à autre chose qu'à une des formes sophistiquées de la socialisation des pertes ? La récession vient-elle ? Dans l'opération "Artisans du progrès" lancée par le PS, un groupe s'est assigné pour thème : "Quelle gauche pour le vingt et unième siècle ?"

C'est précisément la question centrale. Les clubs permanents de réflexion que les signataires souhaitent initier, dans un esprit dépourvu de sectarisme, peuvent alimenter ce débat, et jeter un pont entre "l'utopie" et la réalité de ce monde-casino.

La gauche politique doit retrouver sa boussole : une expression autonome, une pédagogie propre, et ce, qu'elle soit engagée ou non dans une participation gouvernementale. Articuler des valeurs telles qu'égalité et solidarité avec le réel d'un capitalisme sauvage, tel est le défi. "L'économie sociale de marché" a été un leurre. Le marché n'est pas social. La voie à suivre par la gauche n'est pas celle de Blair et de Schröder. En Allemagne d'ailleurs, le SPD réhabilite la notion de "socialisme démocratique."

Face aux nouveaux défis, comme la dégradation climatique, comme l'aggravation des inégalités, la social-démocratie, qui répartissait plus justement les fruits de la croissance, a atteint ses limites et livré des batailles d'arrière-garde. On ne pouvait casser le monopole des services publics sans les livrer aux lois de la jungle du marché, et donc sans les dénaturer. On ne peut " faire du social" sans prise sur l'économie. Et c'est précisément la dictature opaque des marchés, et celle des technostructures à leur service, hors du champ de la démocratie nationale et hors de portée du monde politique, qui nourrit le découragement et l'apathie du plus grand nombre, le repli universel "tribal" sur l'identité, la "communauté", les utopies réactionnaires. Cela peut ouvrir un boulevard à la droite extrême.

Il faut remettre l'économie politique au centre du débat politique, car l'économie, au contraire de ce que veulent nous faire croire les libéraux, n'est pas une science exacte avec des lois naturelles …

Les trous noirs de la haute finance, la liberté d'action des fonds spéculatifs, le libre jeu des OPA, l'indépendance des banquiers centraux, l'existence des paradis fiscaux, les profits à deux chiffres, l'inégalité indécente des rémunérations, rien de tout cela n'est tabou.

La crise financière actuelle ne se réglera pas avec de petites mesures de régulation timidement avancées par l'un ou l'autre chef d'État, tétanisé par l'accusation de dirigisme.

La gauche doit aussi régler ses comptes avec l'Histoire : les tragiques expériences de l'URSS et de la Chine, entreprises dans les pires conditions et dans des sociétés arriérées, ce n'était pas le socialisme ! Ce n'est pas par hasard si elles ont fini par virer vers le capitalisme sauvage.

L'apparition du mouvement altermondialiste à la fin des années nonante a été la juste réplique à la mondialisation par l'argent. Mais cette internationale a aussi besoin de s'articuler sur la gauche historique.

Un autre monde est possible, radicalement autre.

Entre la réalité et l'utopie, il y aura toujours place pour l'espérance et la volonté !

Gregor Chapelle, militant, Échevin à Forest ; Monique Discalcius, militante, journaliste honoraire ; Robert Falony, militant, journaliste honoraire ; François Martou, militant, professeur émérite à l'UCL, ex-président du MOC ; Michel Overloop, militant.


Grégor Chapelle

gregor@gregorchapelle.net

2, rue du Curé
1190 Bruxelles




by Grégor Chapelle last modified 2008-05-04 04:40
 

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